Td la construction par les élèves d'une question de synthèse et d'un travail préparatoire

Le premier thème du TD sur la construction de la question de synthèse et d'un travail préparatoire par les élèves de première suivie de la correction du travail

Objectifs du TD :

1. Constat de départ :

- Les élèves ne sont pas toujours suffisamment attentifs à l’intitulé de la question de synthèse :
• Le plan qu’il impose
• La dimension spatio-temporelle
• La maîtrise des mots clés

- Les réponses au travail préparatoire ne sont pas toujours rédigées de façon à être intégré à la question de synthèse
- Dans le travail préparatoire, les réponses se limitent trop souvent à un recopiage ; les élèves ne sont pas suffisamment attentifs à l’articulation entre les constats opérés par les documents et les savoirs ou savoir-faire qui permettent de les enrichir

2. Un travail sur la construction d’un sujet de question de synthèse à l’issue d’un travail préparatoire pourrait favoriser une prise de conscience des attentes du correcteur

3. Les élèves après avoir élaboré le sujet et défini les attentes, deviendront les correcteurs des devoirs rédigés par leurs camarades ayant travaillé sur un autre thème

La démarche :

1. La classe est partagée en 2 groupes de 16
2. Chaque groupe est séparé en 8 groupes de 2 (qui correspondent aux 8 ordinateurs dont est équipée la salle de SES )
3. 4 groupes travaillent sur un thème portant sur la culture jeune ; les 4 autres sur la culture ouvrière

Le travail à effectuer ( 4 séances d’une heure ):

1. Séance n°1 : rédaction de l’intitulé de la question de synthèse en fonction des consignes :

- pour le sujet sur la culture jeune :

• la problématique que doit suivre la QS est : peut-on parler d’une culture jeune ( au sens de sous-culture et/ou contre-culture ) ? Votre plan peut proposer une réponse de type :
o I - oui II- mais
o I- Non II- Mais

• les notions que l’intitulé doit comporter :
o sous-culture et / ou contre-culture
o âge (biologique /social)
o homogénéité/hétérogénéité de la jeunesse
o Construction d’une identité spécifique / reproduction sociale

• Les démarches sociologiques :
o Opposition entre P.Bourdieu (« la jeunesse n’est qu’un mot ») et la démarche interactionniste

• La dimension spatio-temporelle : depuis les années 60, en se centrant sur le cas français

• Rédiger l’ébauche de plan que vous exigerez de vos camarades



2. Séances n°1 et 2 :
- Sélectionner 4 documents dans le dossier documentaire joint, dont obligatoirement :
• 2 documents sous forme de graphiques ou tableaux
• 2 documents sous forme de texte
• Ils doivent couvrir l’ensemble du sujet et doivent donc proposer des constats et/ou des démarches et/ou des explications qui se relativisent

- Posez les 6 à 8 questions du travail préparatoire qui doivent :
• une question doit vérifier la maîtrise des données chiffrées
• Au moins une question doit vérifier la maîtrise de la sélection des informations dans un document statistique en incitant à élaborer une typologie et/ou une périodisation ; et si possible, à poser des calculs (coefficient multiplicateur , indice , taux de variation)
• Une question doit souligner le passage d’un texte pour en contrôler la compréhension
• Au moins une question doit vérifier la maîtrise du vocabulaire sociologique : sous-culture/contre-culture/valeurs/normes /statut/rôle
• Toutes les questions doivent être rédigées en fonction de leur intégration dans la question de synthèse

- Vous proposerez alors :
• un corrigé explicitant vos attentes (maîtrise des documents, du vocabulaire sociologique, des démarches ) .
• Vous proposerez une grille de notation pour chaque question
• Vous indiquerez dans quelle(s) partie(s) et sous-partie(s) vous souhaitez retrouver la réponse
- A la fin de la séance 2, les sujets ( travail préparatoire et question de synthèse ) sont échangés par les élèves : les groupes ayant rédigé le sujet de la culture jeune répondent au travail préparatoire et élaborent un plan développé et inversement : travail à rendre lors de la séance 4

3. Séances n° 2 et 3: Rédigez un corrigé de la Question de Synthèse (QS) , c’est-à-dire:
- La structure développée du plan exigé
- L’intégration précise des éléments du travail préparatoire dans le plan
- L’enrichissement du plan par des connaissances et des démarches tirées du cours
- Remplissez la grille de notation distribuée en l’adaptant à votre sujet

4. Séance 4 : Correction du travail préparatoire et de la question de synthèse : les élèves ayant élaboré la QS sur la classe ouvrière corrigent les copies rédigées par leurs camarades qui durant ce temps prennent en charge les copies sur le thème de la culture ouvrière :

- Correction du travail préparatoire en fonction des exigences et du barème de notation élaborés lors des séances 1 et 2

- Correction du plan de la QS en fonction de la grille de notation établie lors des séances 2 et 3

- Rédigez un commentaire de la copie :
• Une appréciation d’ensemble
• Les points laissant à désirer qui peuvent être améliorés
• Les éléments positifs
- A la fin de la séance, les élèves par groupe de 4 ( 2 binômes ayant pris en charge des sujets différents ) mettent en commun leur correction et les commentent
- A la fin de la séance, les sujets , les corrigés , les devoirs corrigés seront rendus aux enseignants qui évalueront le travail réalisé par les groupes


Dossier documentaire distribué aux élèves qui sont chargés d’élaborer le sujet portant sur la culture jeune

Document 1 :
Dans le n°4 d’avril 2007 de la revue trimestrielle “Horizons stratégiques” , Régis Bigot, docteur en économie et directeur adjoint du département ” conditions de vie et aspirations des Français” du CREDOC analyse l’évolution des valeurs des jeunes entre 1979 et 2006 . L’auteur tente au préalable de répondre à une” difficulté conceptuelle de taille: Comment définir la jeunesse? Qui est jeune et qui ne l’est pas ?”.
A voir et écouter: l’émergence de la jeunesse sur le site de l’ina.fr et aussi dailymotion

- 1959: le style jeune

- 1963: la mode “jeune”

- 1963: l’idole Richard Anthony

- 1966: les élucubrations d’Antoine

- 1966: l’apparition de la minijupe

-1971: le mouvement hippie

- 1974: la majorité à 18 ans



Document 2 : adresses internet de sites donnant accès à des statistiques

La politique et les jeunes :http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/poll/8341.asp#1
Accès à internet selon l’âge : http://www.ipsos.fr/canalipsos/poll/8571.asp
Sondage sur les français et la musique : http://2007.tns-sofres.com/interview.php?id=279
Sur les pratiques culturelles : http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/150306_pratiquesculturelles.htm
Sur les valeurs des adolescents : http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/151003_ados_r.htm
En complément : Enquête sur les jeunes lors des élections présidentielles 2007 comprenant une interview d’Anne Muxel : http://2007.tns-sofres.com/interview.php?id=279

Document 3 :
[...] L'histoire des jeunes commence en France par la découverte de l'enfance et de l'adolescence dans la société bourgeoise du XVIIIe siècle. Vers la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, la jeunesse populaire devient un objet d'éducation à travers les tentatives d'encadrement effectuées par l'école et les mouvements de jeunesse. [Il existe aussi] un phénomène d'explosion du fait juvénile après la Deuxième guerre mondiale, avec entre autres la montée des effectifs scolaires et l'expression d'une culture et d'une sociabilité adolescentes originales, qui mènent dans le courant des années 1960, à l'affirmation parfois violente des jeunes, d'une identité sociale autonome. Depuis mai 1968 en France, la jeunesse est désormais reconnue dans le cadre familial et dans le cadre scolaire et universitaire
Source : D’après « Les jeunes », Collection Repères, 2002.

Document 4 : “Devenir adulte est plus compliqué pour les jeunes d’aujourd’hui” Entretien avec Olivier Galland réalisé par Anne Rapin de Label France
LF : Quand devient-on vraiment adulte, aujourd’hui, dans la société française ? En quoi les conditions d’accession à ce statut ont-elles changé ces dernières années ?
OG : L’étape majeure est devenue celle d’avoir un enfant. Les autres phases, qui marquaient auparavant le passage à l’âge adulte, sont devenues plus floues et progressives, qu’il s’agisse de l’accès au travail, avec la multiplication des formes d’activités et les aléas de l’entrée dans la vie active, ou du départ de chez ses parents.(..) Tous ces seuils, très nets autrefois et qui n’autorisaient pas de retour en arrière, sont aujourd’hui plus incertains. Tandis qu’avoir un enfant reste un tournant décisif, puisque l’individu est alors confronté à des responsabilités irréversibles qui changent profondément son statut. (…) Ainsi, entre la fin de l’adolescence, la fin des études et le premier enfant, s’intercale une nouvelle période de plusieurs années, variable selon les parcours évidemment. Auparavant, il y avait une simultanéité de toutes les étapes introduisant le jeune au statut d’adulte, qui rendait les frontières et les définitions des âges beaucoup plus claires.
Source : http://www.diplomatie.gouv.fr

Document 5 : « La jeunesse n’est pas qu’un mot : la vie sous triple contraintes », Bernard Lahire*
Ni enfance ni vie adulte, la période adolescente ne se comprend qu’au croisement des contraintes scolaires, des contraintes parentales (plus ou moins homogènes) et des contraintes liées à la fratrie ou aux groupes de pairs fréquentés (ami(e)s ou petit(e)s ami(e)s dont les propriétés sociales et culturelles sont plus ou moins homogènes). Même si les effets de ce dernier type de contraintes s’expriment le plus souvent sur le mode du goût personnel associé au désir individuel d’autonomie, elles n’en constituent pas moins des contraintes objectives orientant les comportements. La “jeunesse” n’est donc pas qu’un mot (Bourdieu, 1980), mais “une condition d’existence et de coexistence sous triple contrainte, un régime de vie sous contraintes multiples” qui peut s’objectiver comme n’importe quel autre régime de vie. Bien que les choses ne se présentent jamais sous une forme aussi claire, on pourrait dire que tout se passe comme si chaque adolescent avait un problème très complexe à résoudre. Il s’agit en effet pour lui de trouver sa place symbolique tantôt entre ses parents et l’école (d’autant plus que les sollicitations culturelles de ces deux instances de socialisation sont contradictoires), le plus souvent aussi entre l’école (globalement associée aux parents dans le cas des milieux sociaux scolairement bien dotés) et son groupe de pairs (les goûts propres à sa génération).
Source : Education et société n° 16 (février 2005)
* Bernard Lahire : La culture des individus, Paris, Éditions La Découverte, 2004

Document 6 : interview de Dominique Pasquier*, Sociologue, directrice de recherche au CRNS.
[…] A l'exception des lycées d'élite, les modes d'accès à la culture des jeunes échappent au monde adulte. Ils ne se reconnaissent pas dans la culture académique délivrée par les enseignants. Ni dans celle de leurs parents, sans pour autant que cela crée de tension : les rapports parents-enfants sont largement pacifiés. [« Chez les lycéens la culture dominante n'est pas la culture de la classe dominante mais la culture populaire ».]Les lycéens d'aujourd'hui ont complètement autonomisé leurs pratiques culturelles, lesquelles jouent un rôle central dans leur socialisation. Tout se passe derrière la porte de la chambre, sur écrans, hors du regard des parents. Celui de l'ordinateur sur lequel on chatte, celui du portable sur lequel on s'envoie des SMS, celui de la télé où l'on joue -les garçons surtout-¬ à des jeux vidéos dont les parents, bien souvent, ignorent tout […]. Reste donc le groupe des pairs, dont le regard est d'une cruauté inouïe. Hannah Arendt, parlant du système américain, le pressentait dès l'après-guerre quand elle disait qu'«affranchi de l'autorité des adultes, l'enfant n'a donc pas été libéré, mais soumis à une autorité bien plus effrayante et vraiment tyrannique : la tyrannie de la majorité». Jusqu'à récemment, les jeunes étaient dans un rapport d'opposition à la génération qui les précédait. C'était conflictuel, névrotique, douloureux, mais jouable. Là, le risque que prennent les jeunes qui refusent de se soumettre au jugement normatif de leurs camarades est d'être marginalisés socialement. Ce qui les place dans une situation intenable : chez eux, de plus en plus, ils reçoivent une injonction à l'authenticité sur le mode «sois toi-même, construis ton projet de vie», alors qu'à l'école, le message des pairs est «pour être soi, il faut d'abord être comme les autres» […]. Notamment grâce à la communication à distance, SMS, chats, etc. Là, ils sont moins soumis à la tyrannie des apparences.
Source : D’après Libération, vendredi 18 février 2005, Par Emmanuel DAVIDENKOFF et Marie-Joëlle GROS Dominique Pasquier : Cultures lycéennes, la tyrannie de la majorité, Autrement, collection Mutations, 2005

Document 7 : Les pratiques politiques des jeunes
Les jeunes sont moins inscrits sur les listes électorales, plus abstentionnistes. La participation est liée au degré d'insertion sociale: les jeunes de milieu urbain, à faible qualification, avec des difficultés d'insertion professionnelle, sont, dans l'ensemble, plus abstentionnistes et moins inscrits sur les listes électorales […]. Les 18-20 ans sont moins inscrits sur les listes électorales que les 20-25 ans. En revanche, quand ils sont inscrits, ils sont plus participationnistes. On observe entre 20 et 25 ans une sorte de plage, de «moratoire» caractérisé par un retrait de la participation électorale, même lorsque le seuil symbolique de l'inscription sur les listes électorales est franchi.
Si on analyse leur vote dans le temps, ils apparaissent plus instables dans leurs choix, leur volatilité électorale s'avère plus forte. [...] De nouvelles formes de mobilisation, plus autonomes et plus ponctuelles, s'exercent chez les jeunes comme dans les autres classes d'âge (Coordination des cheminots, Coordination des infirmières, Coordination lycéenne et étudiante). Pour les jeunes, ces mobilisations autonomes constituent leurs premières expériences politiques, alors que les plus anciens gardent la mémoire du langage syndical, des mobilisations traditionnelles. Ces nouvelles formes de mobilisation ont une portée différente chez les jeunes. Malgré ce retrait, cette distance critique par rapport au jeune politicien, il n'y a pas de dépolitisation des jeunes. les mouvements lycéens ont montré qu'ils pouvaient faire pression, porter leurs revendications au plus haut niveau de responsabilité politique. Les jeunes ont introduit dans le débat social des questions de politique par excellence, alors que les adultes ne se les posaient plus, ou pas de la même façon. la politisation ne s'articule plus autour de l'opposition entre les classes sociales, ni du clivage droite-gauche, mais sur un autre registre de référence : « les questions concrètes d'abord » (avoir du travail ou pas est une question existentielle pour eux), mais aussi leur sensibilisation aux grandes causes: la lutte contre le racisme, la défense des droits de l'homme, l'entraide humanitaire, la différence de la liberté d'opinion. Il y a un aspect émotionnel qui peut les mobiliser.
Source : d’après Anne Muxel, «De nouvelles mobilisations », dans Le Monde de l'éducation, mars 1993.

Document 8 : « La jeunesse n’est qu’un mot ». Pierre Bourdieu
Si l'on comparait les jeunes des différentes fractions de la classe dominante, par exemple tous les élèves qui entrent à l'École Normale, l'ENA, l'X, etc., la même année, on verrait que ces « jeunes gens » ont d'autant plus les attributs de l'adulte, du vieux, du noble, du notable, etc., qu'ils sont plus proches du pôle du pouvoir. Quand on va des intellectuels aux PDG, tout ce qui fait jeune, cheveux longs, jeans, etc., disparaît. [...] Dans un cas, on a un univers d'adolescence, au sens vrai, c'est à dire d'irresponsabilité provisoire : ces « jeunes » sont dans une sorte de no man's land social, ils sont adultes pour certaines choses, ils sont enfants pour d'autres, ils jouent sur les deux tableaux. C'est pourquoi beaucoup d'adolescents bourgeois rêvent de prolonger l'adolescence : c'est le complexe de Frédéric de L'Éducation sentimentale, qui éternise l'adolescence. [Dans l'autre cas, celui des jeunes issus de la classe ouvrière, les jeunes passent directement de l'enfance à l'âge adulte] Cela dit, les « deux jeunesses » ne représentent pas autre chose que les deux pôles, les deux extrêmes d'un espace de possibilités offertes aux « jeunes ».
Source : Pierre Bourdieu, « La jeunesse n'est qu'un mot », Questions de sociologie, 1984.

Document 9 :
L’époque actuelle est celle où l’adolescence s’allonge – de 8-15 ans à 15-40 ans, selon les chercheurs. Cet étirement dans le temps est pour partie lié à l’allongement de la durée moyenne des études, lequel semble être une des causes du retard de la décohabitation du domicile parental. Mais, plus profondément, on serait passé, selon le sociologue Olivier Galland, de l’adolescence comme « modèle de l’identification où les jeunes reproduisent la trajectoire de leurs parents » à l’adolescence comme « modèle de l’expérimentation » . C’est cette phase « fonctionnelle », ce « temps suspendu », cette « mise entre parenthèses de la vraie vie » – ainsi que l’assouplissement des positions sociales et un certain brouillage des trajectoires individuelles – qui permet de comprendre un bon nombre de comportements spécifiques aux adolescents, au-delà de leurs différences d’origine sociale, en particulier.
Ce modèle de l’expérimentation semble en effet le mieux approprié pour rendre compte de la demande de reconnaissance, laquelle s’exprime souvent à l’adolescence par la satisfaction que les jeunes tirent de la conformité aux normes du groupe des pairs (qui, dans la plupart des cas, se forment dans les sociétés fortement industrialisées en référence à la société et à la famille, si bien qu’ils n’ont jamais en réalité une véritable autonomie normative et culturelle) et explique en grande partie la puissance des sentiments communautaires, le besoin d’appartenir à un groupe, voire à une bande. Autrement dit, chez bon nombre d’adolescents, l’approbation accordée par les pairs vaut plus que tout, et certainement plus que la reconnaissance tirée de la conformité aux règles générales de la (bonne) société : parents, enseignants, éducateurs, etc.
Source :Jean François Hersent, Bulletin des Bibliothèques de France, Dossier Les adolescents, 2003

Document 10 : Les pratiques culturelles des jeunes sont beaucoup plus mélangées qu’on ne le croit.
Le rap uniquement chez les "lascars" ( les jeunes de banlieues) ? Non, le rap partout, même dans les plus grandes écoles, à l’exemple de Jérôme qui prépare son diplôme supérieur de commerce tout en cherchant à monter parallèlement son label de rap et sa propre maison de production. Ce jeune homme travaille avec des musiciens de rap puristes ? Oui, mais qui regardent aussi les émissions de télé-réalité "Pop Stars" et "Star Academy", et qui connaissent par conséquent l’intégralité du répertoire de la variété française remis au goût du jour par ce genre de programme, allant même jusqu’à intégrer dans leurs morceaux de rap des boucles sonores extraites des chansons de Jacques Brel.
Elise est professeure des Universités après avoir brillamment réussi les grandes écoles littéraires. C’est donc une intellectuelle, un peu "bourgeoise-bohème" ("bobo"). Oui, mais elle se drogue à la série télé américaine Urgences et adore Stephen King. "C’était d’ailleurs un motif de discorde avec mon père. Il me disait que ce n’était pas en regardant des séries TV qu’on réussissait les concours. Il ne comprenait pas. On a parié, et j’ai gagné une voiture !"
Cécile, quant à elle, fréquente les rassemblements religieux l’été (elle a rencontré le pape à Toronto) et les festivals consacrés à la culture du chanvre l’hiver ! Et son petit ami (qui n’a aucun piercing) écume les free parties (fêtes techno alternatives) avec ses colocataires... De nouvelles tendances continuent d’émerger régulièrement, et la culture jeune ressemble à un immense fourre-tout, modulable à souhait.
Source :Sophie Simonot, journaliste, enquêtes pour la conception d’une série documentaire intitulée « Vingt ans, le bel âge » pour France 2 en 2003

Document 11 :
Une première explication de la sous culture des jeunes repose sur les spécificités des statuts et des rôles dévolus aux adolescents dans les sociétés modernes. La création d’une sous culture des jeunes, potentiellement marginale et délinquante, serait un effet de l’incohérence et de l’indétermination statutaire de l’adolescence, un produit de la crise qui se développe lors du passage de l’enfance à l’âge adulte. Dans un article de 1942, [le sociologue américain] Parsons avait défini le système des alternatives et de l’indétermination anomique qui caractérisent l’adolescent des sociétés industrielles. Afin de franchir cette épreuve définie, l’adolescent élabore une sous culture, Parsons dit une « civilisation des jeunes » qui permet aux jeunes de se repérer dans le jeu des orientations contradictoires, de réduire l’anomie et de construire des espaces de déviance tolérée.
Source :François Dubet, La galère, jeunes en survie, Fayard 1987


Document 12 :
Pour D. Pasquier, à l'heure où la plupart des 15-21 ans sont réunis sur les bancs de l'école, il existe beaucoup plus de points communs entre les jeunes des différents milieux sociaux qu'auparavant : « La cartographie des cultures communes s'élabore aujourd'hui moins sur la base d'un découpage entre l'origine sociale que par l'âge et par le sexe. » […]
Ces exemples ne sont d'ailleurs pas sans rappeler ceux de Bernard Lahire qui, dans La Culture des individus (2004), suggère un essoufflement du modèle de « la distinction » chez les adultes qui aujourd'hui déploient leurs activités culturelles dans des registres très divers. Les « héritiers », profilés dans les années 60 de manière si convaincante par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, seraient-ils alors une espèce en voie de disparition ? D. Pasquier va plus loin : tous les constats établis par ces deux sociologues tendraient à devenir obsolètes. Qu'on en juge : les milieux favorisés transmettent à leurs enfants une culture consacrée, disaient-ils. Aujourd'hui, la transmission verticale des parents aux enfants est confrontée à une « culture des pairs », qui circule horizontalement et neutralise les anciennes hiérarchies culturelles. Second constat : l'école faisait office d'instance de légitimation de ces classements culturels. Mais la culture scolaire, maintenant concurrencée par les médias (télé et radio) et par « la société des pairs », a de plus en plus de mal à imposer ses normes. Tous les sociologues de l'éducation le constatent.
Enfin, affirme D. Pasquier, la culture de l'élite ne fait plus référence : « Chez les lycéens, la culture dominante n'est pas la culture de la classe dominante mais la culture populaire. »
Source :Martine Fournier, article paru dans Sciences Humaines, présentant l’ouvrage de Dominique Pasquier : Cultures lycéennes. La tyrannie de la majorité, édition Autrement 2005

Document 13 :




Pratique sportive des jeunes selon le diplôme et le revenu des parents
Unité : %

Garçons
Filles
Ensemble
Niveau de diplôme des parents
Sans diplôme644452
Inférieur au bac715565
Bac777175
Supérieur au bac927683
Revenu mensuel du foyer
Inférieur à 1830 euros754560
1830 à 2745 euros756771
Supérieur à 2745 euros837480
Ensemble776069

Source : Insee. Année des données : 2003

Niveau d’utilisation d’Internet suivant le profil des jeunes de 14 à 17 ans
Envisage cursus pro

+20
Envisage bac

+11
Envisage cursus court

+9
Homme

+8
Région parisienne

+8
-8
Femme
-9
Etudiant filière pro
-18
Envisage cursus long
NB : Les chiffres expriment la différence par rapport à la proportion calculée pour l'ensemble des jeunes internautes de 14-17 ans. Source : Médiamétrie/Benchmark Group - enquête Netgénération, novembre 2005.


La moindre assiduité des adolescents à se connecter tous les jours à Internet est toute relative. Celle-ci se développe dès lors que les 14-17 ans envisagent des études courtes (bac ou moins). La part des internautes assidus âgés de 14 à 17 ans dont l'objectif est de faire un cursus professionnel est en effet de 20 points supérieure à celle des internautes de cette même classe d'âge. Elle est également plus développée chez les hommes (+ 8 points), ainsi que parmi les habitants de la région parisienne (+ 8 points).



Répartition par catégorie sociale
des élèves de 6ème en 1996 et des bacheliers en 2002
Unité : %

% en 6ème en 1996
Tous bacs
2002
Bac professionnel
2002
Bac technologique
2002
Bac général
2002
Série L
2002
Série ES
2002
Série S
2002
Agriculteurs2,33,353,52,71,92,73
Artisans, commerçants7,49,19,39,38,99,29,98,1
Cadres, professions intellectuelles supérieures13,8248,214,334,8293040,2
Professions intermédiaires15,617,512,417,919,219,41919,2
Employés16,416,317,71914,515,214,811,8
Ouvriers3118,226,223,712,415,315,611,4
Retraités1,12,64,22,81,92,262,11,7
Sans activité professionnelle10,85,36,86,63,85,254,13
Indéterminé1,73,710,22,91,82,51,81,6
Total100100100100100100100100
Effectif de référence850 000493 75493 579141 983258 19250 32078 967128 905

Source : Education nationale. Année des données : 2002
B: Comment les jeunes d e15 à 24 ans dépensent leur argent de poche : les différences suivant le sexe;





© DR

Devoir commun corrigé sur les démarches sociologiques

le devoir commun en un heure des premières ESA et ESB sur les démarches sociologiques avec son corrigé

Exercice 1 :
A :
Probabilité de décès pour les hommes (en %), période 1990-1999

CSP

Entre 35 et 60 ans

Professeurs

8,0

Cadres supérieurs

9,8

Cadres moyens

12,7

Employés de bureau

17,6

Ouvriers qualifiés

18,5

Personnel de service

19,5

Ouvriers spécialisés

20,7

Manœuvres

27.7

Ensemble

17,1



B :
Cet ouvrage monumental et à ce jour unique en son genre, qui enferme notre destin dans une innombrable série de petites cartes, plus ou moins fâcheusement colorées du nord au sud et de l'est à l'ouest. L'une des premières constatations globales qui s'en dégagent, c'est que le fameux Hexagone se décompose en un T et un U : « Un T septentrional de surmortalité s'emboîte dans un U méridional de sous-mortalité », notent les auteurs. En gros, en très gros, toutes causes confondues et avec toutes les corrections statistiques appropriées, on meurt plus dans le Nord, l'Est, l'Ouest et le Centre. On meurt moins dans le Sud, le Sud-Est, le Sud-Ouest. On meurt moins à la ville qu'à la campagne, et « les préfectures se détachent souvent du reste du département par des taux plus faibles ». On meurt plus en montagne qu'en plaine et il faut conclure à « une iniquité territoriale devant la. mort profonde, stable et persistante».
Il ne s'agit pas de disparités marginales ou peu signifiantes, car les taux peuvent varier d'un facteur 1 à 4. ( …)
On pourrait de la sorte, indéfiniment, éplucher la France par maladies mortelles, et par départements. Avec des constatations parfois étonnantes. Ainsi l'alcoolisme, il faut le savoir, concerne principalement les zones non viticoles. La mortalité par cirrhose bat tous les records en Bretagne, et surtout au Nord-Pas-de-Calais, tandis qu'elle reste très modérée (plus que trois fois moindre) en Bourgogne, Bordelais, et dans toutes les régions du Sud.
Dans cette disparité éloquente des taux de décès, les économistes, les historiens, les sociologues, et tout le monde avec eux, peuvent (hélas !) décrypter, canton après canton, toute l'histoire d'une région. L'industrialisation, la pollution, la précarisation, le vieillissement. La vallée de la Moselle, « vallée du cancer », s'ajoute aux caractéristiques du paysage. « De Thionville à Metz et Nancy, les taux sont très élevés dans toute la vallée de la Meurthe et de la Moselle. Le tabagisme ouvrier, les expositions professionnelles, les niveaux élevés de pollutions industrielles jusque dans les années 80 sont probablement responsables de cette situation. »
SOURCE : F Gruhier, Santé : la grande inégalité géographique, le nouvel observateur, septembre 2003.
QUESTIONS :
1. Donnez le mode de lecture et de calcul du chiffre en gras
2. Peut on dire a priori que la question de l’inégalité devant la mort n’est plus un sujet d’actualité dans une société riche et développée comme la France(pays dans lequel depuis cinquante ans la sécurité sociale prend en charge l’essentiel des dépenses maladies) ?
3. Explicitez la démarche sociologique mise en œuvre . Quels sont les résultats auxquels sont arrivés les chercheurs ? En quoi relativise-t-il la réponse à la question précédente ?



Document 2 :

Il suffit de réfléchir un peu aux conséquences qu'une baisse des salaires pourrait avoir.
• John Maynard Keynes, « La grande récession de 1930 » (1930) in La Pauvreté dans l'abondance écrit : « Chaque producteur individuellement fonde des espoirs illusoires sur des mesures qui aideraient un producteur ou un groupe de producteurs particuliers, tant qu'ils seraient seuls à agir de la sorte, mais qui ne peuvent profiter à personne si tout le monde les applique. [...] Si un producteur ou un pays particulier diminue les salaires, alors, tant que les autres ne suivent pas son exemple, ce producteur ou ce pays peut accroître sa part de marché. Mais si la réduction des salaires est générale, le pouvoir d'achat de la collectivité est réduit dans la même mesure que les coûts ; et, de nouveau, personne ne s'en trouve plus avancé. »
• Cela pourrait " désinciter " les salariés, avance George Akerlof, qui voit dans le salaire moins le prix de la force de travail qu'une reconnaissance du niveau d'effort fourni : si l'employeur réduit cette reconnaissance, le salarié sera amené à réviser à la baisse son implication. " Ils font semblant de nous payer, nous faisons semblant de travailler ", disait une blague soviétique pour expliquer la faible productivité de la grande majorité des travailleurs de la " patrie du socialisme ".
• Cela permet de réduire les coûts de main-d'oeuvre, estime de son côté Joseph Stiglitz : un salarié bien payé va hésiter à deux fois avant d'adopter une attitude opportuniste - en faire le moins possible. Il sait en effet que si l'employeur s'en aperçoit et le vire, il risque de ne pas retrouver un emploi aussi bien payé, surtout en période de chômage massif.
Source : Denis Clerc , Nouveaux keynésiens, les chantres du salaire d'efficience.in Alter éco n°168.
Questions :
1. Quel est le raisonnement mis en œuvre par un producteur individuel ? Explicitez la démarche
2. Peut-on dire selon le texte que ce sont les entreprises elles-mêmes qui n'ont pas intérêt à baisser les salaires ?Justifiez votre réponse en vous appuyant sur une démarche vue en cours


Document 3 : Document bonus

Avec une fortune de 62 milliards de dollars, il est l'homme le plus riche du monde. Selon le rapport annuel 2007, la valeur de son fonds, Berkshire Hathaway, a gagné 400 863 % depuis sa création, il y a quarante-trois ans. M. Buffett a traversé toutes les crises. La bulle Internet ? Il n'avait pas misé un dollar sur les valeurs "dot com". Il ne comprenait rien aux nouvelles technologies. En mai 2001, lors de l'assemblée générale de son fonds, il avait lancé, sarcastique : "Nous avons pris le XXIe siècle à bras-le-corps en investissant dans des métiers d'avant-garde, comme la brique, le tapis, l'isolation et la peinture." Sa devise : "Investissez dans une affaire que même un imbécile pourrait diriger, car un jour, un imbécile le fera."
Source : Claire Gatinois , Warren Buffett, le messie milliardaire d'une Amérique désemparée , LE MONDE | 12.10.08 |
Questions :
1. Expliquez la blague de W.Buffet en opérant une analyse sociologique



la correction du devoir

Exercice 1 :

1. Dans la période 1990-1999 , 17,6 % des employés de bureau sont morts entre 25 et 60 ans ou sur 100 employés de 35 à 60 ans entre 1990 et 1999 17.6 sont morts



Employés de bureau morts entre 35 et 60 ans dans la période 90-99 x 100

Employés de bureau entre 35-60 ans dans la période 90-99



2. A priori , en France , la probabilité de décès devrait être la même pour tous les Français :

- car la France est un pays riche où le niveau de vie est suffisant pour se soigner

- depuis 1945 , la Sécurité Sociale couvre tous les français par une assurance maladie qui leur rembourse les soins

Dans ces conditions , la probabilité de décès devrait dépendre de :

- éléments génétiques : fragilité congénitale

- Eléments personnels : le type d’existence menée

- Eléments aléatoires : accidents

L’étude des décès devrait alors être étudiée par la médecine ou la psychologie


3. Dans le texte , les chercheurs ont mis en place une analyse de type durkheimienne :

- Ils cherchent d’abord à mettre en évidence les prénotions ( q2)

- Puis les remettent en cause grâce :

· Une analyse objectiviste et holiste : ils partent des statistiques pour mettre en évidence des régularités sociales ;Ils se rendent compte alors que la probabilité de décès et le type de maladies dépendent de variables sociales :

o La CSP : plus un individu appartient à une CSP ayant un fort niveau de diplôme , plus la probabilité de décès est faible : la probabilité de décès à des manœuvres entre 35 et 60 ans est 3 fois supérieure à celui des professeurs

o Région : la probabilité de décès est plus forte dans le Nord, l’Est, l’Ouest et le Centre

o La probabilité de décès est plus forte en montagne qu’en plaine

o A la campagne qu’à la ville

o Dans les régions non viticoles , la probabilité de décès de cirrhose est plus forte ; en Moselle , la probabilité de décès par cancer est importante

· Ces régularités sociales montrent le déterminisme qui pèse sur les individus : les individus se croient libres , mais ils sont fortement influencés par leurs caractéristiques sociales :

o Plus l’individu est diplômé , plus il pratique une médecine de prévention

o En ville , l’accès aux soins et aux spécialistes est facilité

o Dans les régions ouvrières , la pollution accroît le risque de décès

- Les sociologues révèlent les résultats et proposent des solutions





Exercice 2 :

1. En apparence l’entrepreneur est un homo oeconomicus ; il est :

- Egoïste : il recherche le profit maximum matériel le plus grand ; pour un entrepreneur c’est la différence entre recettes ( prix x quantités vendues ) et coût de production

Rationnel : il réfléchit pour trouver la solution qui lui permet d’atteindre son but :

· Objectif : maximiser son profit et pour cela accroitre ses parts de marché

· Il a des concurrents, il ne doit pas désinciter ses salariés de travailler

La solution trouvée est de réduire les salaires car :

· Le coût diminue puis que le salaire est un coût de production , l’entrepreneur peut ainsi réduire ses prix et ou augmenter ses marges

· Son bénéfice augmente : si le coût diminue , l’entreprise peut diminuer son prix de vente , donc augmenter ses parts de marché , donc sa production et ses recettes


2. En réalité , l’entrepreneur n’est qu’un HSA : il est certes rationnel , mais sa rationalité est limitée car il n’obtient pas ce qu’il souhaitait . En effet , la baisse des salaires crée un effet pervers : l’agrégation des comportements rationnels individuels aboutit à l’inverse de ce qui était recherché :

- Comme tous les entrepreneurs sont rationnels , ils agissent de la même manière : ils baissent les salaires . or ce qui est positif si un seul le pratique devient négatif si tous les pratiquent :

· Comme toutes les entreprises diminuent leur salaire , aucune ne gagne en compétitivité-prix

· Le salaire est aussi un revenu : s’il y a une baisse générale des revenus , la population consomme moins , achète moins et les ventes des entreprises diminuent

- Pris individuellement , un entrepreneur n’a même pas intérêt à baisser les salaires dans son entreprise car , cette baisse réduira la productivité et l’efficacité des salariés pour 2 raisons :

· Le salarié s’implique moins dans son travail : ils font semblant de me payer je fais semblant de travailler

· Le salarié ne craint pas de perdre son travail : il peut en retrouver un aussi mal payé, sa fidélité à l’entreprise diminue, celle ci risque de voir les salariés les plus performants la quitter

Rationnellement , les entreprises n’ont donc pas intérêt à baisser les salaires




Document 3 :

- W.Buffet présente toute les caractéristiques du HO : c’est l’homme le plus riche du monde ( 62 milliards de dollars ) , la valeur de son fonds augmenté de 400863% depuis 43 ans alors qu’il n’est parti de rien . Cela montre qu’il est plus rationnel et efficace que les autres

- Or les entreprises qui depuis 20 ans sont les plus dynamiques sont celles issues des nouvelles technologies : les valeurs dot com . Un HO aurait dû investir dans ces valeurs

- Or Buffet n’a pas investi dans ces valeurs , ce qui s’est révélé rentable : il a échappé au krach de 2001

- Son choix part d’ un raisonnement basé sur une analyse coût bénéfice :


Investir dans

Industrie traditionnelle

Industrie de haute technologie (dot com : internet et NTIC )

Bénéfice

Plus réduit : activités dépassées

Fort : leur valeur a fortement augmenté ces dernières années

Coût

Le risque de faillite est quasiment inexistant car ces industries qui ont fait leur preuve depuis longtemps sont des industrie de base de l’économie ; n’importe qui peut diriger cette entreprise : un imbécile s’en sortira très bien . Le risque d’une bulle spéculative est faible

Très forte : les débouchés des nouvelles industries sont très incertains ; le risque d’échec est très élevé ( progrès technique inadapté ) comme au bout d’un moment , un imbécile dirigera l’entreprise , celle-ci va faire faillite car les entreprises de hautes technologies demandent des dirigeant ayant des compétences importantes




En complément : L’article complet du Monde sur W Buffet


Si un individu veut faire du profit à long terme , il faut qu’il investisse dans des activités traditionnelles

Warren Buffett n'aime pas s'éloigner de sa vieille maison d'Omaha. A 78 ans, le multimilliardaire américain préfère faire "ses coups" en Bourse depuis sa ville natale, dans l'ouest des Etats-Unis. La technique est toujours la même. Dans l'heure qui suit, le "papy" de la finance, idole de Wall Street, s'en explique aux chaînes de télévision américaines, ABC, Bloomberg et surtout CNBC, par téléphone. Depuis quelques semaines, ces coups de fil sont devenus presque quotidiens. La Bourse de New York craque, l'indice Dow Jones a perdu 30 % depuis un an, les traders s'affolent... alors Warren Buffett achète. "J'aime bien dépenser mon argent, et moins les actions sont chères, mieux c'est", a-t-il expliqué sur CNBC le 1er octobre.


En un mois, Warren Buffett a dépensé la bagatelle de 12,7 milliards de dollars (9,3 milliards d'euros) : 5 milliards de dollars pour racheter un petit bout de Goldman Sachs, la banque d'affaires new-yorkaise, 3 milliards pour une part du conglomérat américain General Electric, et 4,7 milliards investis dans l'électricien Constellation Energy, au nez et à la barbe d'EDF. Pour lui, une action c'est un peu comme un hamburger. Il adore. Alors quand les prix baissent, il fait des réserves.

Jusqu'ici, cette tactique lui a plutôt réussi. Avec une fortune de 62 milliards de dollars, il est l'homme le plus riche du monde. Selon le rapport annuel 2007, la valeur de son fonds, Berkshire Hathaway, a gagné 400 863 % depuis sa création, il y a quarante-trois ans. M. Buffett a traversé toutes les crises. La bulle Internet ? Il n'avait pas misé un dollar sur les valeurs "dot com". Il ne comprenait rien aux nouvelles technologies. En mai 2001, lors de l'assemblée générale de son fonds, il avait lancé, sarcastique : "Nous avons pris le XXIe siècle à bras-le-corps en investissant dans des métiers d'avant-garde, comme la brique, le tapis, l'isolation et la peinture." Sa devise : "Investissez dans une affaire que même un imbécile pourrait diriger, car un jour, un imbécile le fera."

Autant dire qu'il n'a pas touché aux subprimes, ces crédits sophistiqués qui sont à l'origine de la crise financière la plus violente des quatre-vingts dernières années. Le milliardaire préfère investir dans des entreprises moins "immatérielles" comme Coca-Cola, les tee-shirts de Fruit of the Loom ou les rasoirs Gillette. "Il fait croire à tout le monde qu'il est basique, mais il investit en réalité dans des sociétés assez complexes comme les assurances, rectifie Joshua Shanker, analyste du fonds Berkshire Hathaway, qui l'a croisé à quelques occasions. Les affaires de Coca-Cola ne sont pas non plus si simples que ça. Il travaille beaucoup, il lit, lit, lit..."



"IL NE S'EST JAMAIS TROMPÉ"


Mais peu importe. Aux Etats-Unis, tout le monde veut croire à la légende, au "bon sens paysan" de l'homme d'affaires, à son flair infaillible. Chez Goldman Sachs, son investissement a été quasiment perçu comme un don du ciel. Depuis quelques semaines, les banques de Wall Street tombent les unes après les autres. Chez Goldman Sachs, les golden boys tremblaient aussi. Alors quand Warren Buffett a osé mettre de l'argent dans leur banque, ils ont été soulagés. Pour eux comme pour toute l'Amérique, cela signifie que l'établissement va s'en sortir. "Jusqu'ici il ne s'est jamais trompé, et c'est un peu le seul", atteste l'un d'eux. "Il ne lui a pas fallu plus de cinq minutes pour comprendre que le plan Paulson allait fournir du boulot à Goldman Sachs pendant dix ans", analyse l'économiste français Jacques Mistral.

Avant la crise, Warren Buffett était admiré. Aujourd'hui, c'est une icône. "C'est non seulement quelqu'un de brillant, d'intelligent, mais il est aussi intègre", estime Peter Kennen, professeur à l'université de Columbia. Warren Buffett n'est pas un milliardaire comme les autres. Régulièrement, il se lance dans des tirades contre les salaires exorbitants des patrons, dénonce les stock-options et prône un système fiscal plus égalitaire. Aux Etats-Unis, certains pensent même que lui seul pourrait sortir le pays de cette crise invraisemblable. Lors de leur dernier débat télévisé, le 7 octobre, les candidats à la Maison Blanche, Barack Obama et John McCain, ont d'ailleurs tous deux laissé entendre qu'ils pourraient le choisir au poste de secrétaire au Trésor. Un choix étonnant de la part de John McCain : Warren Buffett est l'une des rares personnalités du Nebraska à soutenir Barack Obama.

"On serait vraiment chanceux s'il acceptait de servir l'économie", insiste son compère, le milliardaire Donald Trump. Warren Buffett, c'est vrai, a indiqué que, s'il avait pu, il aurait investi 1 % dans le fonds de sauvetage des banques de 700 milliards de dollars piloté par le Trésor. Et le Wall Street Journal a qualifié ses dernières opérations de "patriotisme rentable".



VIEILLES BRETELLES, GROSSES LUNETTES


Mais Warren Buffett " n'investit pas pour sauver le monde", estime Gary Manson, un analyste new-yorkais. Le milliardaire pense surtout à faire de bonnes affaires. Il ne pense d'ailleurs qu'à ça, "au mépris de l'art, des sciences, de la littérature ou des voyages", indique Alice Schroeder, auteur de sa biographie Snowball.

Le milliardaire est focalisé sur le sujet depuis tout petit. Fils d'un courtier en Bourse laminé par la crise de 1929 et d'une mère professeur, la légende veut que le petit Warren revendait à ses camarades les chewing-gums achetés à l'épicerie familiale. A 10 ans, la fibre s'est accentuée après un voyage à Wall Street : il commence à lire "1 000 façons de gagner 1 000 dollars". A 15 ans, il investit ses premières économies dans une terre agricole. A 24 ans, il se fait embaucher dans une société de gestion de portefeuilles. Et à 26 ans, il rentre à Omaha pour monter son fonds et réaliser son rêve : devenir milliardaire avant 35 ans. Depuis, Warren Buffett a rempli son objectif, mais n'a pas l'air d'avoir envie de bouger de son fief.

"A Omaha, les gens le connaissent, on le laisse tranquille, explique Mike Fahey, le maire de la ville. Sa famille réside ici, il vit là depuis plus de cinquante ans, il a ses habitudes." Warren Buffett habite dans une grande maison bourgeoise avec son ancienne maîtresse, Astrid Menks, depuis le décès de son épouse Susan en 2004. Avec elle, "il aime bien aller au steak house Gorat's, manger ses glaces Dairy Queens", raconte M. Fahey.

Pour le maire d'Omaha, il vaut mieux que Warren Buffett garde ses attaches dans le Nebraska. Qu'il continue à faire venir les gens à lui, à Omaha, comme lorsqu'il présente les résultats de son fonds, Berkshire Hathaway. Chaque année, ce show attire 33 000 personnes, remplit les hôtels et draine 31 millions de dollars, indique M. Fahey. "Warren Buffett, c'est une personne extraordinaire qui a une vie ordinaire", résume le maire.

Tout ce qu'on raconte sur M. Buffett est donc vrai. L'homme le plus riche du monde ressemble à un papy américain gentiment farfelu. Avec ses costumes mal taillés, ses grosses lunettes et ses bretelles d'un autre âge, il conduit seul sa vieille Lincoln, immatriculée "Thrifty", pour dire "économe". Econome, il le serait même de plus en plus. Surtout depuis qu'il a décidé de léguer l'essentiel de sa fortune (85 % !) à des associations caritatives, en particulier à celle de son ami Bill Gates. Car Warren Buffett a trois enfants, mais aussi un principe : "Une personne très riche doit laisser suffisamment à ses enfants pour qu'ils fassent ce qu'ils veulent, mais pas assez pour qu'ils ne fassent rien."


Claire Gatinois , Warren Buffett, le messie milliardaire d'une Amérique désemparée

LE MONDE | 12.10.08